Lecentenaire Infos

Un pape américain : une Afrique encore oubliée - Lecentenaire Infos Lecentenaire Infos
Oxary Magazine
$10 – $15 / Week

Un pape américain : une Afrique encore oubliée

Un pape américain : l'Afrique encore oubliée

Le conclave s’est terminé, et la fumée blanche s’est élevée au-dessus du Vatican. Mais cette fois, c’est une surprise géopolitique plus qu’un souffle spirituel : l’Église catholique a élu un pape américain. L’Occident, et plus précisément les États-Unis, prend pour la première fois les rênes de la plus ancienne institution chrétienne du monde. Et pendant ce temps, l’Afrique, pourtant pilier grandissant du catholicisme mondial, reste à la porte du trône de Pierre. Ce qui justifie le titre de notre réflexion : « Un pape américain : une Afrique encore oubliée. »

Ce choix est un signal fort, mais aussi un silence assourdissant. Car pendant des semaines, des noms africains circulaient, avec sérieux, avec espoir : des cardinaux respectés, théologiens solides, pasteurs expérimentés, figures d’une Église jeune, vibrante, en pleine croissance. Mais au moment du vote, cette vitalité n’a pas suffi. L’Amérique, puissance économique et politique, a désormais son pape. L’Afrique, elle, doit encore attendre. C’est une surprise géopolitique, faut-il le répéter.

Ce n’est pas qu’un simple échec de candidatures. C’est un échec symbolique. Car en élisant un pape américain, l’Église a donné l’image d’une institution qui continue de regarder vers les puissants pour choisir ses bergers. L’élection d’un pape venu du continent le plus riche plutôt que du plus fervent trahit une vieille logique : celle qui préfère les centres d’influence aux périphéries de la foi.

Pourtant, l’avenir du catholicisme se joue aujourd’hui à Lagos, à Kinshasa, à Abidjan ou à Kampala. C’est en Afrique que les églises débordent de fidèles, que les séminaires ne désemplissent pas. C’est là que la foi chrétienne n’est pas une tradition, mais une force vivante, une espérance dans le quotidien. L’Église y est jeune, engagée, pauvre mais puissante. Pourquoi ce continent reste-t-il alors exclu de la tête de l’Église ?

Un pape africain ne serait pas un geste de charité, ni un symbole creux. Ce serait une reconnaissance de la réalité ecclésiale contemporaine. Ce serait dire au monde que la catholicité ne se mesure pas à la taille des banques, mais à l’ardeur des croyants.

Mais ce n’est pas ce message qu’on a choisi d’envoyer. En préférant un pape américain à un pape africain, l’Église semble dire que la foi peut bien être vécue au Sud, mais qu’elle se gouverne encore et toujours depuis le Nord. Et cela, plus qu’une défaite, c’est une fracture. Somme toute, l’expression traduit la déception du Sud de notre planète : « Un pape américain : une Afrique encore oubliée. »

Une tribune de Daniel TSHIABOLA

Partager